Mes chroniques

Retour vers le passé : le Village gai en 1984

Extrait : En décembre dernier, j’avais voyagé à bord de ma DeLorean pour revisiter le Village gai en 1994. Une époque où on commençait à mieux respirer, mais pas encore librement. Cette fois, j’ai voulu remonter plus loin dans le temps : en 1984. Une année charnière où le quartier commence à prendre son nom ainsi qu’à se tenir debout malgré les descentes de police et les premiers murmures d’une maladie dont personne ne veut vraiment parler.

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Extrait : Je scrollais sur Instagram un soir où j’aurais clairement dû faire autre chose (genre dormir). Je suis tombé sur une vidéo d’un jeune gay d’à peine vingt ans. Le gars disait qu’il avait honte des drags, des gays extravagants, de ceux qui en font « trop ». Selon lui, ça donne une mauvaise image, ça nuit à la cause. J’ai lâché mon cell. Pas fâché, juste écoeuré. 

 

Extrait : « Vous autres, les jeunes, vous avez rien vécu. » Un gai plus vieux m’a lancé ça un soir. Même pas pour se chicaner, juste comme ça, comme si c’était une vérité universelle qu’il fallait que je comprenne. J’ai rien répondu. J’avais aucune envie de m’embarquer dans un concours de misère.

 

Extrait : Je ne sais plus quand j’y suis allé pour la première fois. Ça fait trop longtemps. Je me souviens d’avoir niaisé un bon deux minutes devant l’immeuble. Je faisais semblant de texter. Je regardais partout pour être sûr que personne ne me voie entrer. Puis, j’ai fini par pousser la porte à toute vitesse, comme si j’étais en train de faire de quoi de louche. J’étais hyper nerveux parce que veux, veux pas, quand t’es pas habitué d’aller dans un sauna gay, c’est gênant.

 

Extrait : J’avais 23 ans, 130 livres tout mouillé et l’enthousiasme d’un chiot fraîchement sorti du placard. C’était quelques jours avant la Fierté. Je prenais un verre dans un bar du Village avec un gars un peu plus vieux, mi-trentaine, daddy 100% assumé. À un moment, je lui dis que j’ai hâte à la Pride. Il roule des yeux et me sort : « Moi, j’aime pas ça. C’est juste des gars en bobettes sur des chars. »

 

Extrait : L’autre jour, un ami hétéro (oui, j’en garde un ou deux pour la diversité) m’a confié : « J’ai juste dit il au lieu de iel en parlant de quelqu’un, pis je me suis fait ramasser. » J’ai levé les yeux au ciel. Pas contre lui. Contre ce climat où la peur de mal dire étouffe la volonté de bien faire. Une époque où poser une question sincère devient un champ de mines. Où une maladresse, même bien intentionnée, suffit à te faire passer pour un oppresseur.

 

Extrait : Ce mois-ci, ça fera dix ans que je suis avec mon chum. C’est l’adoption d’un chat, deux burnouts (un chacun, question d’être équitable), trois voyages dans le Sud, l’achat d’un condo et une phase zéro déchet qui s’est terminée avec 46 pots Mason.

 

Extrait : Il y a quelques semaines, je prenais un verre avec un gars plus jeune, 25 ans. Une rencontre douce, pleine de confidences spontanées, comme on en fait parfois tard le soir dans un bar. Il me parlait de son coming out, de ses crises d’anxiété, de ses relations éphémères et de sa difficulté à s’attacher. Puis, au fil de nos échanges, je mentionne Harvey Milk.

 

Extrait : Il s’est agenouillé devant moi, son regard rivé au mien avec une intensité qui frôlait l’indécence. Ses mains glissaient sur mes hanches, marquant leur présence sur chaque centimètre de ma peau. Son souffle, lent et brûlant, s’attardait sur mon bas-ventre. Il prenait tout son temps, et j’en redemandais. J’ai fermé les yeux et savouré l’instant. Puis, sans un mot, il s’est retourné face contre le mur, s’offrant tout entier.

 

Extrait : Ma gorge était nouée, mes lèvres tremblantes. Il fallait que ces mots sortent. Alors, d’une voix presque étranglée, j’ai fini par les lâcher : « Je suis gai ». C’était une délivrance, mais aussi une peur sourde, celle de ce qui viendrait après. Parce qu’une fois dit, plus jamais on ne revient en arrière. Ce dévoilement ouvre des portes et en ferme d’autres, redéfinissant tout en un instant. J’étais prêt à prendre ce risque, à être moi. C’était il y a douze ans.

 

Extrait : Je pousse doucement la porte de chez moi, encore habité par l’excitation de la soirée. L’air frais de la nuit effleure mon corps, emportant une partie du parfum de ce bel inconnu, mais il reste suspendu à mon col. Je sens encore la pression de ses mains sur ma nuque, le goût salé de sa salive sur mes lèvres, la chaleur de son souffle contre ma mâchoire. 

 

Extrait : L’idée de voyager à bord d’une DeLorean, comme dans Retour vers le futur, m’a toujours fasciné. Je m’imagine me retrouver dans le Village gai de Montréal, en juillet 1994. À l’époque, je n’avais que cinq ans, trop jeune pour comprendre les luttes de notre communauté ou l’effervescence de cette décennie. Une curiosité insatiable m’anime pour ces années où tout semblait à la fois fragile et intensément vivant.  

 

Extrait : L’exil LGBTQ+ est souvent perçu comme une échappatoire, une fuite nécessaire face à l’oppression. Qu’implique réellement ce saut dans l’inconnu? Plus qu’un changement de décor, c’est une confrontation avec soi-même, une quête identitaire jalonnée d’obstacles, de renoncements et de découvertes. 

 

Extrait : Il y a un an, sur la plage d’Oka, j’ai posté ma première photo torse nu sur Instagram. Pour beaucoup, cela pourrait sembler un geste anodin. Mais pour moi, c’était un acte décisif, un défi lancé à mes propres insécurités face à un univers numérique souvent plus toxique que valorisant. 

 

Extrait : Cette minute de silence m’a forcé à affronter une réalité que je connaissais peu, à comprendre que cette joie que nous partagions n’était pas née de rien. Elle avait été forgée par le sang, la sueur et les larmes de ceux qui avaient combattu avant nous.

 

Extrait : Il fut un temps où le flirt était considéré comme un art en soi, un jeu de regards, de sourires subtils, de conversations envoûtantes dans les bars du Village. Chaque interaction en face-à-face était une occasion de découvrir l’autre, de ressentir sa présence, de se laisser envoûter par la séduction.